L’ISTHREE-WALLAH : besoin d’un petit coup de fer?



ISTHREE WALLAH:

besoin d’un petit coup de fer ?

Ouverture de la boutique

 

Il y a quelques années, un de mes cousins, qui était alors étudiant aux Arts et Métiers, m’a contactée pour me questionner sur les habitudes culturelles indiennes en matière de repassage. Il faisait une étude de marché pour déterminer si la marque française d’électroménager pour laquelle il travaillait avait la capacité de trouver une clientèle en Inde pour un modèle de fer à repasser. Mon premier réflexe a été de lui répondre que je ne voyais pas bien l’intérêt de chercher à vendre un fer à repasser aux indiens alors qu’ils avaient déjà leurs propres marques de fers électriques que j’imaginais d’emblée moins couteuses.

J’ai repensé aux années où je vivais en Inde, à tous ces repasseurs qui travaillent dans la rue, sans accès à l’électricité et donc utilisent des fers en fonte, en métal.

Debout sur le porche d’une maison, sur un trottoir, à l’ombre d’un mur, dans une petite baraque de fortune, ils sont équipés de leur petite charrette et œuvrent pendant des heures au-dessus de leur planche à repasser…Après le déjeuner, ils s’allongent sur leur chariot en bois à l’abri du soleil pour piquer un petit roupillon.

 

Une femme utilisant un fer électrique d'un autre temps...Rajasthan
Un kiosque à repasser dans une rue de Kolkata
Boutique de repassage, fer électrique, ville rose (Jaipur, Rajasthan)
La planche à repasser version chariot mobile sur une roue (Kolkata)

L’isthree wallah (celui qui repasse, iron man) travaille en bas de chez moi ou à l’angle de ma rue. Le matin en partant, je dépose mon ballot de linge propre et je compte avec lui méticuleusement le nombre de pièces à repasser que récupère le soir après avoir une nouvelle fois vérifier le nombre de vêtements fraîchement repassés. Parfois, c’est lui qui sonne à ma porte pour récupérer le linge et repasse pour me le déposer en soirée. Il arrive que le repasseur ne soit pas derrière son chariot le matin…raison médicale, familiale ou autres. Il faut alors faire demi-tour son ballot de linge sous le bras. On attend patiemment qu’il revienne. Dans certains endroits de l’Inde, chaque caste ou communauté possède son repasseur et quand il est absent, on ne va donner son linge à celui qui travaille plus loin…on attend plutôt que le sien revienne. Je n’ai aucun souvenir du prix que je payais quand j’habitais dans le Sud mais cette année, au Rajasthan, j’ai payé 5 roupies la pièce alors qu’à Calcutta, la formule lavage-repassage s’élevait à 20 roupies la pièce.

En ville, les mœurs sont un peu différentes mais vous avez des repasseurs qui travaillent sur les trottoirs dans tous les quartiers de la ville ou alors, ils sont tapis dans l’ombre, au fond d’une boutique minuscule, sombre et mal ventilée. Il existe aussi maintenant des sociétés de services qui se chargent de tout. Elles récupèrent votre linge, vous le ramènent selon les horaires qui vous arrangent et vous proposent des services à la carte. Vous avez même des applications mobiles, comme Isthree, qui vous permettent de gérer tout de votre téléphone. La société indienne se transforme à la vitesse de la lumière et là-bas aussi, on court après le temps et l’argent. Sur le site internet de la société istreewala, il est dit que faire sa lessive coûte cher, que c’est une perte de temps, que c’est agaçant, etc. Bref, de quoi vous inciter à externaliser votre corvée !

 

Une simple vis maintient le couvercle fermé au-dessus du coffre rempli de braises
Fer à chauffage interne, Jaipur (Rajasthan), 2019
Fers à repasser simples qui chauffent sur un four en taule rempli de charbon

Je viens de commencer une série de photos sur les isthree wallah et je suis fascinée par la diversité des modèles de fers à repasser que l’on trouve encore en Inde.

Très tôt le matin, dans la rue, je vois des hommes s’affairer à casser des morceaux de charbon. Certains les mettent dans des petits fours en taule ou en terre-cuite. Ils utilisent des fers à repasser simples que nous utilisions chez nous au XIXe siècle…Ils en mettent parfois deux à chauffer sur le four. Quand le premier est froid, il le redépose et s’empare du deuxième. Ils mettent un tissu sur la poignée histoire de ne pas se brûler mais qui doit aussi leur donner plus de prise pour écraser le linge. D’autres fers ont des coffres à chauffage (chez nous, ce type de fer se trouve plutôt dans les musées) que les repasseurs remplissent de braises de charbon brûlantes et c’est parti! En les regardant à l’œuvre, je suis parfois impressionnée par la taille et le poids de certains fers à repasser. À la fin de la journée, j’imagine qu’ils ont les bras en compote avec ses mastodontes!

J’ai vu quelques femmes repasser mais, professionnellement, c’est avant tout un métier d’homme. À la maison en revanche, les femmes reprennent bizarrement la main…

Une chose est sûre, en Inde, le fer électrique ultra perfectionné côtoie encore le fer à charbon. Les « iron men » n’ont pas encore disparu des rues.



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