Calcutta Art déco



Calcutta Art déco

Cela va bien faire presque un mois et demi que j’arpente les rues de Calcutta. Chaque coin de cette ville dissimule des trésors inestimables. Passionnée par les paysages urbains, j’ai passé beaucoup de temps à photographier la ville. J’ai été surprise de découvrir le nombre important de bâtiments Art déco à Calcutta. J’aime la forme arrondie des balcons, les angles coupés, la ferronnerie, les lignes verticales, la diversité des ouvertures, sans parler des couleurs ! J’ai donc commencé à faire quelques recherches sur le sujet. J’avais lu les articles d’Amit Chaudhuri (auteur bengali dont la plupart des œuvres ont été traduites en français) dans la presse et je connaissais son engagement pour la préservation du patrimoine architectural de Calcutta. De cet engagement est né Calcutta Architectural Legacies (http://cal-legacies.com/about-cal/).

J’ai récemment découvert que Bombay était la deuxième ville au monde, après Miami, à posséder le plus grand nombre de bâtiments Art déco (http://www.artdecomumbai.com/). En juin 2018, son patrimoine Art déco a d’ailleurs été ajouté à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO grâce aux efforts joints d’un collectif de passionnés et de la ville de Mumbai, qui se sont mobilisés pour préserver cet héritage unique.

Le patrimoine Art déco de Calcutta reste, quant à lui, encore ignoré du public mais aussi de ses habitants ? On m’a expliqué que ces immeubles font partie du paysage et que personne ne leur prête une attention particulière. Les gens ne se rendent tout simplement pas compte de sa valeur. La spéculation immobilière fait le reste…

J’ai rencontré une certaine animosité de la part de certains Kolkatiens qui ne souhaitaient pas que je photographie leur maison ou leur immeuble. Après quelques discussions dans la rue, il semble que la raison majeure soit la crainte des promoteurs immobiliers susceptibles de les approcher, de les harceler afin de les contraindre à vendre leur propriété. La valeur du sol est bien supérieure à celle des édifices. Face à la difficulté de les entretenir et de les rénover, les propriétaires préfèrent souvent vendre leurs biens immobiliers. Par ailleurs, la situation économique n’étant pas particulièrement florissante dans la région du Bengale occidental, beaucoup de jeunes partent pour trouver du travail ailleurs. Ils n’ont alors aucune envie d’investir dans l’entretien et la rénovation de leur maison familiale.

J’ai parfois un peu de mal à identifier le style de certains bâtiments. Même si j’aime beaucoup le style Art déco, je ne suis pas spécialiste de cette période et mes cours d’art contemporain remontent maintenant à quelques années. En plus, il faut bien le dire, les architectes ont donné une saveur très locale à leurs créations en mélangeant des éléments de la tradition indienne avec d’autres influences extérieures.

L’exposition Art déco à Paris, en 1925, marquât l’apogée de ce courant artistique. On voyait déjà à cette époque l’émergence de nouveaux courants aux motifs plus géométriques, tels que le Modernisme, le Futurisme, etc. L’art déco est arrivé en Inde assez tardivement. Les premiers bâtiments Art déco de Calcutta sont datés des années 30-40. Ce courant artistique a voyagé jusqu’en Inde via les magazines, via les échanges artistiques et les séjours des architectes indiens en Europe. Ce style s’est très vite imposé comme un symbole de protestation face au colonialisme et à l’architecture victorienne de l’Empire britannique au crépuscule de sa vie. Le style Art déco de Calcutta a connu ses heures de gloire jusque dans les années 60.

Les commanditaires

Les propriétaires de ces immeubles et maisons de style Art déco étaient essentiellement issus de la classe moyenne aisée composée de médecins, d’avocats, d’ingénieurs, etc. Ne pouvant pas s’offrir de riches résidences dans les quartiers nord aristocratiques de la ville, ils investirent le Sud de Calcutta. Ils cherchèrent un style nouveau et s’inspirèrent notamment du cinéma Metro de la ville conçu par Thomas White Lamb et construit par la Metro Goldwyn Mayer.

Beaucoup de bâtiments Art déco sont concentrés aujourd’hui dans les quartiers sud de la ville, vers South avenue, Hindustan Park, Ballygunge gardens, etc. mais il y en également dans plusieurs autres quartiers de Calcutta. Beaucoup ont disparu ou sont menacés de démolition. Toutes les rues ont pratiquement un chantier en cours et plein de bâtiments neufs s’insèrent dans le paysage du Sud de la ville. 

Les principales caractéristiques de ces édifices

  • Les angles arrondis ou les plans coupés à l’angle des rues, les plans coupés, les avancées.
  • Des bandes verticales fermées par des panneaux vitrés qui correspondent à la cage d’escalier
  • Les grilles des ouvertures, les rambardes
  • L’ornementation des enceintes, des portails et des entrées
  • Des fenêtres en forme de hublot, une diversité dans le choix des ouvertures afin de rompre la monotonie des façades
  • Des balcons semi-circulaires
  • Des motifs géométriques audacieux, des éléments iconographiques issus de la tradition indienne
  • Des couleurs très vives

Le motif du coucher de soleil

Les angles arrondis des bâtiments, les plans coupés aux angles des façades.

Les formes ondulées de certaines façades leur donnent un caractère aérodynamique et évoquent des vagues

Les cages d’escalier fermées par des panneaux vitrés 

Longue bande verticale avec panneaux vitrés pour la cage d'escalier
Des ouvertures en forme de hublot ou d'oculus
Bâtiment rose aux formes arrondies en angle de rue
façade Art déco repeinte en jaune avec ligne rose-rouge
Batiment rose aux allures d'un petit bateau, avec des panneaux vitrés et des ouvertures de diverses dimensions
Edifice jaune clair à la silhouette d'un paquebot

Certains édifices possèdent des éléments nautiques ou ressemblent véritablement à des petits bateaux.

Balcons semi-circulaires
Balcons semi-circulaires

Le motif du coucher de soleil que l’on retrouve sur la plupart des édifices.



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