Synagogue de Calcutta: Magen David



Synagogue de Calcutta:

La Magen David

Allée centrale de Magen David

La synagogue de Magen David est située à une des intersections les plus fréquentées de la ville de Calcutta et quand je dis fréquentée…bondée serait le terme le plus approprié ! Elle se trouve à la jonction de Brabourne road et Canning Road (Biplabi Rashbehari Bose Road).

Les trois synagogues du quartier sont en plein cœur de l’un des plus grands marchés de la ville, le Barabazar (appelé également Burrabazar). J’ai été littéralement happée par la foule, essentiellement masculine, qui s’engouffre dans les différentes ruelles et artères du quartier. J’ai sillonné entre des véhicules de toutes sortes, évitant aux mieux les porteurs de colis de taille parfois monumentale, qui circulent en file indienne accrochant parfois les gens sur leur passage. Une longue chaîne humaine qui, vue du ciel, doit être quelque peu impressionnante aux heures de pointe.

C’est assez compliqué de prendre des photos des synagogues de l’extérieur car les trottoirs sont totalement envahis par les étals des commerçants et les gens qui tentent, tant  bien que mal, d’emprunter les trottoirs…

La synagogue de Magen David est néanmoins très visible dans le paysage urbain en raison de sa couleur rouge brique et de sa tour qui culmine à plus de 40 mètres de hauteur.

Photo prise de l'entrée de la cathédrale de la Saint-Croix, tour de Magen David
Façade latérale de la Magen David

La Magen David a été construite en 1884 par Elias David Joseph Ezra à la mémoire de son père.

Les trois synagogues (Neveh Shalome, Bethel El et Magen David) étaient dans un piteux état et la Magen David menaçait de s’écrouler en raison de l’état de ses fondations lorsque les travaux de la nouvelle ligne de métro ont débuté. Mme Cohen, en charge des affaires de la communauté juive de Calcutta, a été au tribunal pour demander un report des travaux de manière à entreprendre la rénovation des trois synagogues. La construction de la nouvelle ligne de métro aurait, selon toute vraisemblance, conduit à l’écroulement de la Magen David, ou tout au moins, à la destruction de certaines parties de l’édifice. Entièrement rénovée, ainsi que les deux autres synagogues, Bethel El et Neveh Shalome, elle a été ré-ouverte au public en 2017. Elle n’est plus en service puisque qu’il n’y a plus assez d’hommes pour former le quorum du minian (il faut la présence de 10 hommes âgés de plus de 13 ans pour le déroulement du culte public) toutefois, un office se tient au moins une fois par an lorsque des membres de la diaspora se rendent à Calcutta. Par ailleurs, Mme Cohen vient le vendredi soir allumer les lampes des trois synagogues pour Shabbat. C’est d’ailleurs à cette occasion, qu’elle m’a conviée à l’accompagner lors de ma première visite dans le quartier des synagogues.

Il faut une patience et une dextérité hors du commun pour parvenir à conduire un vendredi après-midi dans ce quartier qui s’avère être un immense marché à ciel ouvert. Comme beaucoup d’endroits à Calcutta, j’ai constaté un brassage des différentes communautés religieuses. Rien que sur la grande artère de Brabourne road, on peut voir une cathédrale, trois synagogues, des mosquées, à deux pas deux temples parsis et d’autres églises de confessions diverses!

Tous ces édifices, la plupart très anciens, sont malheureusement entourés de bâtiments modernes, souvent assez hideux, défigurés par la présence des climatiseurs. Il faut aussi ajouter à ça les étals couverts de bâches plastiques des commerçants de rue qui encombrent les trottoirs et cachent les façades des bâtiments. Il faut se lever très tôt et arpenter les rues de Calcutta avant 10h, l’heure à laquelle la ville s’éveille.

Lors de ma deuxième visite, j’ai tourné un peu avant de trouver l’entrée principale de la Magen David dont les grilles d’accès passent presque inaperçues tant les trottoirs sont encombrés.

L’accès à la synagogue est rigoureusement contrôlé. Il faut montrer une pièce d’identité pour que le gardien décide de vous laisser entrer et que les personnes qui possèdent les clefs vous ouvrent les portes du temple. On m’a expliqué récemment que les gardiens n’hésitent pas à demander des bakchichs aux indiens, voire à leur interdire l’accès des synagogues. Je ne saurais corroborer ses dires même si j’ai pu constater que les groupes ne sont pas forcément toujours les bienvenus. La présence d’une pancarte de l’Archeological of India dans les prémisses des synagogues indique qu’il s’agit de bâtiments accessibles au public mais la communauté juive reste néanmoins décisionnaire d’ouvrir ou non les portes du temple…

Grilles d'entrée de la synagogue

J’ai été réellement impressionnée par la beauté de la Magen David. La synagogue a été restaurée avec un soin méticuleux, dans le respect des techniques passées, souvent oubliées. Les lieux sont particulièrement bien entretenus et offrent un vrai havre de paix dans le brouhaha général du quartier.

J’ai été un peu surprise d’apprendre que les personnes chargées de garder et d’entretenir les lieux appartenaient à la communauté musulmane. Toutefois, il semble c’est également le cas pour d’autres édifices de confessions religieuses diverses. Ce phénomène ne serait donc pas exceptionnel. Mme Cohen m’a dit que les synagogues avaient toujours été gardées par des personnes de la communauté musulmane de la ville. C’est une fonction qui, jusqu’à aujourd’hui, a été transmise de père en fils.  

L’extérieur de la synagogue fait véritablement penser à une église et la plupart des gens l’identifie comme tel. C’est un imposant édifice aux murs de brique rouge ornés d’éléments peints en jaune. À ces deux couleurs s’ajoute le vert des volets des fenêtres typiques de nombreux monuments construits durant la période coloniale de la ville. En revanche, l’intérieur, comme l’entrée, est dominé par le blanc et un magnifique bleu-gris. Le choix des couleurs n’a pas été aisé. Il a fallu rester au plus près de l’aspect originel du monument.

mur extérieur du côté de la synagogue Neveh Shalome
Mur extérieur de l'édicule

On pénètre dans la synagogue par une double porte surmontée d’une arche ornée d’inscriptions en hébreu et, au centre, de l’étoile de David. Des plaques de commémoration dédiées à des membres connus de la communauté juive de la ville sont situées de part et d’autre de la porte principale.

Porte d'entrée centrale

Le sol en marbre très abîmé en raison des problèmes de fondation a été entièrement restauré, de même que les vitres de couleurs, la plupart des luminaires, de nombreux éléments décoratifs, une partie du mobilier d’origine ainsi que les poutres en bois du plafond. Certaines chaises ont conservé un double cannage. Cette technique ayant malheureusement aujourd’hui disparu, la plupart des chaises n’ont pu être restaurées dans leur état originel.

Mme Cohen m’a expliqué que les artisans chargés de la restauration des inscriptions en hébreu, les ont tout simplement reproduites comme ils l’auraient fait d’un motif car aucun ne connaissait l’hébreu. Des échantillons du verre des luminaires ont été envoyés à Bombay afin que les artisans puissent reproduire les anciens.

Aile latérale de la synagogue
Escaliers menant à l'arche
Sièges des ailes latérales
Mobilier d'origine

L’arche sainte, un des deux éléments essentiels de la synagogue avec l’estrade, est couronnée d’un dôme semi-circulaire orné d’étoiles, une évocation du paradis. La voûte est également décorée d’inscriptions en hébreu et d’éléments iconographiques hébraïques parmi lesquels la Menorah. Trois ouvertures dissimulées par des rideaux dissimulent le lieu saint (l’armoire) où sont normalement conservés les rouleaux de la Torah, les chandeliers, la table des pains et l’autel des encens.

L'arche et ses trois ouvertures dissimulées par des rideaux
Luminaire situé dans une aile latérale
Voûte étoilée de l'arche
Le motif de la menorah (chandelier à 7 branches)
motif central du sol de l'arche
Lustre de l'arche
rose du premier étage située dans la partie supérieure de la façade

Dans l’allée principale, au milieu de la synagogue, se dresse l’estrade de lecture (bima).  

La hauteur sous plafond, les poutres, les couleurs projetées par l’entrée de la lumière à travers les vitres donnent une majesté à l’édifice.

L'estrade de lecture
intérieur de l'estrade
Ventilateur d'origine

Les escaliers latéraux donnent accès à l’étage réservé aux femmes. Au premier étage, on peut d’autant plus apprécier le travail délicat des chapiteaux corinthiens des piliers importés de France.

Escalier latéral à l'entrée menant au premier étage
fenêtres de la cage d'escalier
Allée latérale du premier étage réservée aux femmes
Vue de l'estrade centrale
Chapiteau des piliers
arche du premier étage
Poutres du plafond central
Vue de l'entrée principale

Les motifs à damier du marbre, les chandeliers, les lustres et les vitres colorées des ouvertures créent une atmosphère incroyable.

Je compte consacrer prochainement un article plus long sur la communauté juive de Calcutta et ses différents monuments (les écoles, le cimetière, les rues, les derniers commerces et les trois synagogues).  

 



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