Premier temple du feu à Calcutta



Temple du feu 

zoroastriens – parsis

de Calcutta

J’ai toujours été intriguée par la communauté zoroastre indienne. Dans le sous-continent, ils sont connus sous le nom de parsis (parsees). Beaucoup de gens ignorent presque tout de leur existence ou, plus exactement, tout de leurs pratiques religieuses et pour cause, il est impossible pour un non-parsi de pénétrer dans un temple zoroastrien. Cette communauté reste assez secrète. Beaucoup de parsis comptent aujourd’hui parmi les grandes familles fortunées de l’Inde dont les Tata font partie.

Certaines personnes auront peut-être entendu parler des tours du silence, plus particulièrement celles de Bombay (Mumbai). Les parsis sont plus connus pour leurs rites funéraires qui ont suscité aussi bien horreur et fascination. En effet, les parsis déposent les corps de leurs défunts au sommet d’une tour et les offrent en pâture aux vautours de la ville. C’est un rite funéraire assez peu répandu bien qu’il soit pratiqué de manière similaire dans certaines régions du Tibet. Aujourd’hui, les parsis font face à un grand dilemme puisqu’il n’y a plus ou presque plus de vautours dans les grandes villes indiennes, ce qui veut dire que les corps restent à pourrir pendant des jours au sommet des tours. Les habitants du quartier, notamment à Bombay, ne pouvant plus supporter les émanations venant des tours, ont commencé à s’en plaindre auprès des autorités de la ville. Certains parsis ont donc accepté d’avoir recours à la crémation des corps. Cependant, les orthodoxes considèrent impensable de ne pas respecter les rites sacrés anciens. Il s’agit pour eux d’une perte de leur identité. Certains prêtres (dasturs) refusent ainsi d’effectuer les derniers rites funéraires pour ceux qui optent pour la crémation.

Origines des parsis indiens

Les parsis sont originaires de l’ancienne Perse. En 642, le calife Omar ibn al-Khattâb écrase l’armée sassanide lors de la bataille Nihavand (Nehavand) et la Perse passe alors sous contrôle musulman. Après la défaite du roi zoroastre Yazdegird, les zoroastres sont persécutés par les musulmans, des temples sont détruits. Certains migrèrent alors vers les montagnes de Khorosan et y restent pendant près d’un siècle.

Au 8ème siècle, quelques familles décident de tenter leur chance en Inde. Guidé par un prêtre, ils atteignent les côtes du Gujarat (un état de l’ouest de l’Inde). Ils sont environ 500 familles. Un prêtre, représentant de la communauté, demande l’hospitalité au roi hindou Jadav Rana. Ce dernier lui montre un bol de lait lui expliquant qu’il est déjà plein et qu’il est impossible d’en ajouter plus. Le Dastur (le prêtre parsi) ajoute une pincée de sucre dans le lait. Celle-ci se dissout immédiatement sans faire déborder le lait, une manière pour le prêtre d’expliquer que les parsis seraient se fondre parmi les hindous sans provoquer le moindre dommage. Le roi Rana les autorise alors à s’installer à Sanjan.

Les Parsis de Calcutta

Dadhaboy Behramji Banaji, originaire de la ville de Surat, au Gujarat, est le premier parsi à s’être installé à Calcutta en 1767. Il est venu au Bengale pour faire du commerce avec les régions orientales de l’Asie. La croissance de la communauté parsie allât de pair avec la consolidation du pouvoir britannique dans le nord-est de l’Inde. Les parsis jouaient essentiellement le rôle de traducteurs et d’intermédiaires. Ils prenaient en charge toutes les questions d’approvisionnement, la logistique. Leur domaine d’activité était alors purement commercial.

Les parsis de Calcutta sont aujourd’hui peu nombreux et plus de 60% d’entre eux ont plus de 70 ans. Il existe deux temples du feu dans la capitale du Bengale ainsi qu’un hôtel (Dharamshala) exclusivement réservé à la communauté parsie.

Le premier temple du feu (le temple Rustomjee Cowasjee Banajee Agiary)

Les parsis vouent un culte au feu. Celui-ci doit être maintenu constamment allumé. Il a donc été transporté à pied du Gujarat jusqu’à Calcutta.

Dadhaboy Behramji Banaji (Rustomjee Cowasjee Banaji) a fait construire le premier temple parsi de Calcutta en 1839. Il est situé au 26 rue Ezra. Il n’est malheureusement plus visible de l’extérieur car il est maintenant dissimulé par des constructions ultérieures absolument hideuses. Il faut s’engouffrer dans les dédales d’un petit marché d’électricité couvert de bâches en plastique pour atteindre la grille d’accès. Le temple est aujourd’hui abandonné et complètement en ruine.

Le marché d'articles électriques

Une volée de marches mène à la porte principale surmontée d’un fronton. Cette porte est aujourd’hui complètement obstruée. En réalité, il est absolument impossible de pénétrer à l’intérieur et les prémisses du temple sont littéralement encombrés de cartons et de déchets multiples. Quatre colonnes soutiennent encore péniblement le porche d’entrée. Le plafond constitué de poutres en bois menace clairement de s’effondrer comme la totalité de la structure.

 

Deux plaques, de part et d’autre de l’entrée principale, donnent la date d’inauguration du temple qui remonte à 1839. Ce temple fait partie du patrimoine de la ville comme l’indique la pancarte dissimulée par une bâche en plastique. Le temple a été déclaré monument historique en 2007 cependant, aucune action n’a été réalisée depuis pour restaurer ou maintenir l’état du monument.

Le revêtement des murs et des piliers s’effrite complètement laissant à nu la construction en brique. Chaque ouverture est surmontée par un fronton triangulaire ou semi-circulaire. Les grilles en fer forgé remarquablement ouvragées sont à peine visibles, encombrées de vêtements, de cordes et autres.

La plaque d'inauguration
Le revêtement des murs et des colonnes du porche a en grande partie disparu
Des boîtes, des sacs obstruent tous les accès au temple
Une des ouvertures surmontée d'un fronton triangulaire
Les poutres en bois du plafond du porche
Les grilles en fer forgé
Vue de la partie supérieure du mur d'entrée dont le revêtement a presque entièrement disparu
La lumière parvient à peine à pénétrer à travers les volets en bois en raison des bâches plastiques du marché couvert qui dissimulent totalement le temple
Les volets en bois sont dans un triste état...
Les grilles extérieures en bas des escaliers

Le dernier descendant de la communauté en charge du monument (trust) est décédé à l’âge de 81 sans avoir laissé d’instructions concernant le monument ou un éventuel partage des droits. Un article du 22 avril 2018 dans le Telegraph, un journal du Bengale, évoque l’inquiétude de la communauté parsie concernant le sort du monument.

Le second temple du feu de la ville, toujours en activité, a été construit en 1912 par Ervad Dhunjeebhoy Byramjee Mehta. Situé dans la rue Metcalfe, dans le quartier de Bowbazar, il a été récemment rénové.

 

 



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